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En 2006, en classe de Terminale (dernière année du lycée), j’avais réussi à être sélectionné parmi les 4 étudiants qui étaient allés représenter le Cameroun (mon pays) au Sénégal, à l’occasion des Olympiades Panafricaines de Mathématiques. À l’issue des olympiades, j’obtins une bourse d’études pour aller étudier au Maroc, ce qui rentrait dans le cadre de la coopération entre le Maroc et le Cameroun.
À mon arrivée au Maroc, la même année (en 2006), j’intégrai les classes préparatoires aux grandes écoles d’ingénieurs, une sorte de « lycée après le lycée » où on avait pendant deux ans, un programme d’études extrêmement intense en mathématiques, physique, chimie et autres… pour nous préparer à rentrer dans les grandes écoles d’ingénieurs du Maroc, et même de la France.
À la fin des deux ans, on devait passer un concours national, pour choisir ceux qui allaient être admis dans les diverses grandes écoles d’ingénieurs du Maroc. Pour les écoles françaises, chaque centre devait proposer seulement un nombre limité de ses meilleurs élèves. Ce premier pari, je vais le réussir et décrocher donc la possibilité de passer les concours d’entrée dans les écoles d’ingénieurs françaises, en plus du concours pour les écoles marocaines.
La préparation était intense, rude. Les cours très accélérés, et pourtant extrêmement difficiles. Des livres et des livres à lire, des centaines d’exercices à faire, des tas de cours et de notions à assimiler, et tout cela, dans une atmosphère de concurrence effrayante. Une des concurrences les plus farouches que j’aurais rencontrées durant toute ma vie scolaire. Chacun savait que pour réussir à la fin, il fallait bien se classer dans les concours. Pour cela, il allait falloir battre des concurrents d’autres centres, mais aussi de son propre centre, soit ses propres camarades de classe.
Pour les candidats aux concours français, c’était beaucoup plus stressant encore. En fait, les épreuves aux concours français étaient nettement plus difficiles que celles des concours marocains. Par exemple, beaucoup d’étudiants n’osaient jamais regarder les épreuves du concours d’entrée à l’École Polytechnique de Paris, réputé le plus difficile des concours d’entrée dans les écoles d’ingénieurs françaises à partir du Maroc, à l’époque (je préfère dire « à l’époque », parce que je ne sais pas exactement ce qu’on a aujourd’hui).
Et que dire de l’engouement pour les écoles françaises ? Avec ces écoles, c’était une histoire de mode. The place to be (traduction, la place où il faut être). Réussir, à la fin des deux ans de classes préparatoires, à décrocher l’entrée dans une école en France, c’était le couronnement suprême, le Saint Graal. Tous les élèves, tous les professeurs, tout le staff administratif, ne rêvaient que de ça. Saint Graal pour les élèves, satisfaction absolue pout tout professeur qui réussissait à y faire rentrer des élèves, même chose pour le staff administratif de l’école. Et, moi, en grand gagnant que j’étais, voilà le genre de choses que j’aimais : obtenir ce que tout le monde désire, obtenir ce que beaucoup n’arrive pas à avoir, être à l’endroit que beaucoup n’arrivent pas à atteindre.
Avec la même confiance qui m’avait permis en 2006 de réussir aux Olympiades Panafricaines de Mathématiques, j’étais convaincu que j’y arriverais, malgré toutes les difficultés et les obstacles. Tout ce qu’il me fallait c’était juste de continuer à travailler, de la même manière dont j’avais toujours procédé jusque-là.
Après l’intense préparation aux concours tout au long des deux années, l’heure des dits concours arriva entre fin avril et début mai 2008, soit vers la fin de la deuxième année de Classes Préparatoires. Les concours français se déroulaient bien avant les concours marocains. Confiant et ambitieux que j’étais, j’avais choisi de ne passer que les concours des plus prestigieuses écoles, soit le concours d’entrée à l’École Polytechnique de Paris et celui d’entrée dans les écoles de Mines et Ponts (il y en avait bien d’autres, mais moi je ne voulais que le Top des Tops).
À l’issu des concours français, tellement j’étais confiant que je ne voulais même plus passer le concours d’entrée dans les écoles marocaines. Pour moi, c’était l’international ou alors reprendre tout. C’est un des membres de l’administration de mon centre de classes préparatoires qui va me faire changer d’avis en me mettant en garde sur le fait que j’allais baisser le taux de réussite du centre si je ne passais pas le concours national marocain, ce qu’ils n’allaient pas me pardonner. Ne sachant pas ce qui pouvait m’attendre par la suite, et ne voulant absolument pas avoir sur mon dos l’administration de l’école, je me résolus à passer les concours d’entrée dans les écoles marocaines.
Près de deux mois après les concours, les résultats tombèrent. Loin de ce que je voulais, loin de ce que j’attendais, ce fut la catastrophe. Le désastre. La suite allait s’annoncer terrible, traumatisante, absolument invivable pour moi. Ce que j’ai vécu en ce moment-là, me dépassait et dépassait d’ailleurs tous ceux qui m’entouraient. Une situation que je ne souhaiterais à personne. Dur, dur, dur.
J’allais passer la pire période de vacances de ma vie. Vous raconter dans les détails tout cela, c’est ce que je vais faire dans le prochain acte de cette chronique, d’ici une semaine.
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Gervais Kamga
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août 2, 2015 11:16